Elle me l’a dit comme ça, mi détachée-mi fière :
« Tu sais Marie, maintenant, je porte des brassières. »

Sur le coup, comme j’étais un peu occupée, je n’ai pas trop relevé.
C’est après que j’y ai pensé.

C’est vrai que j’avais bien remarqué son corps qui commençait à changer.
De plus en plus souvent, la porte de la salle de bains était fermée.
Moi-même, j’hésitais à y entrer et me suis mise à frapper.

De tous petits changements à peine perceptibles mais qui annoncent l’arrivée
d’une période un peu différente et compliquée
et surtout, qui fera disparaitre la petite fille que l’on connaissait.

Une porte qui claque, des soupirs plus réguliers
Davantage de responsabilités et de liberté.

En tant que belle-mère, je redoute cette période, vraiment.
Parce qu’elle va sûrement amener des questionnements: puberté, sexualité…
Même si je n’ai aucun tabou pour en parler, je ne suis pas sûre
d’avoir le droit de m’en mêler.
Et surtout, d’avoir les même opinions que sa mère sur le sujet.

Parce que je pense à l’adolescente que j’étais, il n’y a pas si longtemps
(ou presque, laissez-moi rêver)
et je ne me sens pas encore prête à endosser tant de responsabilités.
Moi qui dans quelques semaines, vais accueillir un tout petit bébé.

Hier, je rencontrais une petite fille de 4 ans, qui dansait sur « couleur café »,
aimait les jupes qui tournent et allait à la maternelle.

Aujourd’hui, elle dit que ses amis ont un téléphone :
« tu vois, avec Instagram et Snapchat, je sais pas si tu connais ? ».

Même qu’elle ne veut pas dire qu’elle aime beaucoup
les Legos friends pour ne pas se faire traiter de bébé.
Elle joue encore au restaurant et à la maîtresse avec ses frères.

Elle nous a confié qu’elle se sent parfois un peu bébé par rapport aux autres
et que ce n’est pas facile de ne pas savoir où se situer.
On lui a répondu qu’elle n’avait même pas encore onze ans et qu’elle avait bien le temps.

Elle sera toujours l’ainée, celle qui devra ouvrir la voie et je sais qu’elle n’aime pas cela.

Les prochaines années risquent d’être éprouvantes pour elle, pour nous un peu aussi qui le vivront d’un peu plus loin sûrement que sa maman mais cela n’en sera que plus frustrant.

J’espère que dans cette tempête, elle verra toujours notre maison comme un refuge doux et rassurant.

Et vous, vous vivez cela comment ?

Crédit photo: Papam