On se fixe une ligne de conduite: tous les enfants sont traités de la même manière, qu’ils soient les miens, ou non.

Pas de différence, pas de préférence, jamais.
En théorie, c’est facile et évident.

Et il y a la pratique.
Même si tu le veux très fort, tu n’y arrives pas toujours.
Parce que ce ne sont pas les tiens sans doute, mais surtout, parce qu’ils ne sont pas là souvent.

Mon coeur se serre toujours un peu plus lorsque c’est Petit Colis qui tombe, qui pleure ou qui se fait punir.
Mon inquiétude plus grande lorsqu’il a de la fièvre ou que je le perds des yeux quelques instants.
Je fais plus de bisous et de câlins à l’enfant qui est le mien.
Parce que les deux autres n’en ont pas l’habitude avec leur maman et que par conséquent, ils ne me le demandent que rarement.

Pas que je ne me soucie moins d’eux mais la responsabilité est moins grande, je suis moins impliquée.
Je m’interdis aussi de l’être parce qu’il faut bien se rendre à l’évidence, mon champ d’action est limité.
Je sais que le lendemain, c’est chez leur mère qu’ils vont retourner et que c’est elle qui prendra le relais.
Elle prend de toute façon, la majorité des décisions et nous ne pouvons que constater.
Je ressens moins la culpabilité et la peur de ne pas les éduquer comme il faudrait puisque je n’ai qu’un rôle mineur à jouer.
Nous sommes souvent présents pour des moments plus légers où l’on profite de se retrouver.

Pour Petit Colis bien sûr, c’est nous qui décidons et assumons les choix que nous faisons. Ils correspondent davantage à nos valeurs et à nos convictions.

J’ai les même exigences je crois, du moins j’essaie.
Chacun fait selon son âge, les jeux sont partagés tous comme les tâches à effectuer.
Cependant, je le reconnais, lorsqu’il y a conflit et qu’il faut trancher, je dois me forcer à rester objective et à ne pas favoriser mon tout petit à moi.
Parce que le voir pleurer, lui, me fait toujours plus d’effet.
Je m’en veux de ressentir cela mais je ne peux le contrôler.

Papam se moque gentiment de mes angoisses de maman, comme pour un petit dernier qu’on a tendance à trop couver.
Je ne sais pas si cela changera.

Je leur ai déjà demandé s’ils souffraient de l’arrivée de leur petit frère et s’ils se sentaient défavorisés.
Ils m’ont répondu que non et qu’ils avaient le sentiment d’être à égalité.
Ils avaient l’air de le penser et cela m’a rassurée.

J’aimerais dire que c’est pareil, que cela ne change rien.
Ce serait beau, ce serait admirable sûrement mais ce serait mentir.
À eux et à moi également.
Ils ne seraient pas dupes et n’ont pas besoin de faux-semblants, ils ont déjà une maman.

Je veux simplement tenter de maintenir l’équité et leur offrir une place unique que personne ne pourra remplacer.

Parce que je souhaite qu’ils grandissent ensemble et pas les uns contre les autres.
Je redoute d’entendre un jour: « c’est lui ton préféré ! » même si je sais que je ne pourrai pas l’éviter.
Pourtant, je veux tout faire pour que leurs reproches ne soient pas justifiés.

Même si je ne suis pas leur mère, ils sont son frère, sa soeur, les enfants qui partagent ma vie et mon coeur avec lui.
Les enfants de mon mari, ses enfants, nos enfants qui ne sont pas là tout le temps.

Ils n’auront pas la même vie, les même câlins ni les mêmes souvenirs.
Ils n’auront sûrement pas les même chances, Les blessures seront différentes tout comme les réussites et les échecs.

Il n’y aura pas de préférences mais que des différences dans les vies qu’ils vont mener et j’espère qu’ils seront fiers de leur singularité et du lien que nous avons cultivé.

Ne pas se mentir pour mieux s’aimer.