Moi de mon temps tu sais… Échanges autour de la maternité.

Moi de mon temps tu sais… Échanges autour de la maternité.

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Ma grand mère a eu quatre enfants, dont trois en deux ans.
Elle les a eu jeune, à 18 ans, à une époque où l’on ne choisissait pas vraiment ces choses-là.
Même si nous avons des avis divergents sur pas mal de sujets en matière d’éducation, ce que j’aime, c’est qu’elle n’a pas de tabou sur ce qui touche à la maternité et nous avons souvent échangées assez librement sur le sujet.

Elle se plait à me raconter et j’aime beaucoup l’écouter.
Cela me permet de réaliser comme en quelques dizaines d’années, les choses ont évoluées…
Les années 60, ce n’est pas si loin de nous et pourtant…

« Moi de mon temps, on choisissait pas forcément d’avoir des enfants… »

Elle ne regrette pas, je le sais.
Elle a toujours dit qu’elle avait aimé être mère jeune, grand-mère à 40 ans et l’arrière-grand-mère de mes enfants.
Mais c’était difficile.
Trois enfants en deux ans, si jeune, ce n’est pas toujours évident.
Elle me raconte que l’arrivée de la pilule a changé la vie des femmes, sa vie.
Faire l’amour librement, sans avoir la peur d’un nouvel enfant.
C’est vrai que j’ai du mal à l’imaginer.
Moi qui n’ait eut comme problématique que celle de la contraception que j’adopterais.

« Moi de mon temps, on n’était pas suivies comme maintenant… »

J’observe son regard mi-admiratif, mi-consterné quand je lui parle d’un énième rendez-vous à la maternité.
Elle ajoute « c’est fou ce suivi, mais ils font quoi exactement ? ».
Je lui raconte les examens, les échographies.
J’hésite à lui parler du yoga prénatal et de l’haptonomie.
Elle me dit que c’est bien, que c’est important.
Elle me raconte qu’elle n’a jamais eu ça.
Sauf la fois où ils se sont dit qu’il y en avait peut-être deux, à 8 mois, elle a fait une radio.
Une radio, ce n’est pas dangereux ?
Tu sais, à l’époque, il n’y avait que ça alors on n’avait pas le choix.

« Moi de mon temps, on restait dix jours à la maternité… »

Pour Lavande, je suis restée 48h à la maternité, j’ai demandé une sortie anticipée.
Ma grand-mère a encore du mal à se faire à l’idée.
Chez toi, tu auras trop à faire, tu ne pourras pas te reposer.
Mais ne t’inquiète pas, Papam prendra le relais.
À son époque, les femmes restaient 10 jours à la maternité.
Elle ne sait pas m’expliquer pourquoi exactement.
Cela lui a toujours semblé être une éternité.
Peut-être pour permettre aux femmes de se reposer parce qu’à la maison, inutile de dire que les tâches n’étaient pas vraiment partagées…

« Moi de mon temps, ton grand-père, jamais il n’aurait fait un biberon … »

Je l’ai vue observer Papam, sourire béat aux lèvres, et me répéter comme j’avais de la chance d’avoir un mari qui participait.
Elle s’extasie quand elle le voit changer ses enfants, leur donner à manger et s’en occuper.
Elle me raconte souvent qu’à son époque, il n’aurait pas été question pour un homme de faire ce genre de tâches ou de manière exceptionnelle.
Encore moins de pousser une poussette dans la rue, ce qui aurait été vraiment mal vu.
Elle ajoute: « La dernière fois, j’ai vu un papa porter son enfant dans un porte-bébé, tu te rends compte ?! ».
J’essaie alors de lui expliquer que ce n’est pas pour moi des choses qui sont exceptionnelles .
Les enfants se font à deux et chacun doit participer.
Au contraire, aujourd’hui, c’est un papa qui ne s’investirait pas qui serait montré du doigt.
Elle me dit combien elle est heureuse que les choses aient changées : »profites-en, tu sais ! », comme si ça n’allait pas durer. Je crois qu’elle a du mal à accepter que je trouve cela si normal.

« Moi de mon temps, la rééducation tout ça, cela n’existait pas … »

Les femmes avaient beaucoup d’enfants, sûrement plus que maintenant.
Elles assumaient les tâches ménagères et un quotidien souvent plus éreintant.
Pourtant, la rééducation du périnée n’était pas une chose dont on parlait, qui se pratiquait.
Quand on sait les dégâts qu’un accouchement peut provoquer, on imagine les conséquences que cela peut engendrer sur les femmes de cette génération.
Nous en avons souvent parlé et cela me rend vraiment triste.

« Moi de mon temps, on faisait pas tant de chichis avec les bébés… « 

Ca, c’est LE sujet compliqué…
Ma grand-mère m’explique souvent qu’à son époque, les bébés dormaient, dans leur berceau, toute la journée.
Vraiment ? Toute la journée ? Sans pleurer ?
En fait, ils pleuraient sans doute mais tu vois, ça faisait les poumons (ou les bronches selon les versions).
De toute façon, on les laissait dans leur chambre et on avait trop à faire pour s’en occuper tout le temps.
J’évite de trop m’énerver quand elle m’explique que trop prendre ma fille dans les bras va lui donner des : « coliques de bras » (j’ai évité de chercher d’où ça venait…).
Je me dis, qu’elle a sûrement aussi un peu oublié.

J’essaie de lui parler d’éveil, de motricité et de portage, l’intérêt de les bienfaits de le pratiquer.
Je sais qu’elle aime profondément ses enfants, elle a toujours fait énormément de choses avec nous mais, un bébé, reste un bébé.
Attention à ne pas le rendre capricieux en leur accordant une attention qu’ils n’a pas à avoir.
Je suis heureuse de me dire que les choses ont beaucoup évoluées dans notre rapport et notre perception des bébés.

Je trouve passionnant d’en apprendre plus sur ce qu’elle a pu vivre dans sa vie de femme et de mère.
Je regrette que mon autre grand-mère, plus âgée ne soit plus là, elle aussi, pour me raconter.
Parce qu’elle venait d’un autre milieu social, avait fait de plus longues études, avait un travail qui la rendait indépendante de son mari et qu’elle vivait dans une grande ville.
Parce que j’imagine que tous ces facteurs entrent également en jeu ainsi que la personnalité de chacun et ses choix de vie.

Je suis heureuse de constater que même s’il y a encore beaucoup de progrès à faire, les choses ont évoluées et plutôt dans le bon sens.

Et vous ? Vous interrogez vos ainés sur ce genre de sujets ?

Crédit photo : Papam.

40 commentaires

  1. C’est une chance de pouvoir ainsi échanger avec sa grand-mère. La mienne a été Maman très jeune mais ce n’est pas mon cas et c’est maintenant trop tard pour parler avec elle car elle a la maladie d’Alzeihmer… et mon autre grand mère est décédée… je regrette de ne pas les avoir fait raconter plus tôt mais sans être Maman moi même, j’en voyais sans doute moins l’intérêt. Et pourtant, connaître l’histoire familiale est important pour élever ses propres enfants… profite bien!

  2. c’est vrai que ca permet de voir le chemin accompli en quelques générations… ma grand mère était un peu… particulière.. la maternité ça n’a jamais été son truc, elle n’a eu que 2 filles a 6 ans d’écart, sans contraception a l’époque.. ( mon grand père n’a pas du rigoler tous les jours lol) elle n’a jamais vraiment parlé de ça, ma mère est née a 7 mois, il parait qu’elle rentrait dans une boite a chaussures… les enfants et petits enfants lui servaient plus de faire valoir ( vous avez vu comme ils sont beaux et bien élevés ?) bref, je me demande encore quels gènes nous avons en communs !!!

    • Ahlala 7 mois à l’époque, ça devait être quelque chose !
      C’est compliqué parfois de se sentir de la même famille que certaines personnes…

  3. si seulement il y avait que nos aînés pour prodiguer des conseils comme ça que tu (et moi aussi !) considères désuets. Mais combien d’autres mamans ou ma belle-mère m’ont mise en garde contre le « céder aux caprices » du bébé, des risques de trop les prendre dans les bras, de les consoler la nuit. Et oui je n’ai jamais été capable de laisser pleurer mes enfants, et oui mon premier après une séparation de 4j à la naissance à passer ses 2 premiers à ne dormir QUE sur nous… Alors il y a eu des progrès mais le chemin n’est pas encore parcouru par tous. Bisous à Lavande et toi

    • Je me persuade en me disant qu’elles ont oublié ce que cela faisait, ce n’est pas possible.
      Je n’ai pas de parents autour de moi pour profiguer ce genre de leçons, parfois c’est difficile et d’autres je me dis que j’évite pas mal de crises de nerf !
      Le temps passe bien trop vite pour ne pas être quelques mois collés-serrés avec nos bébés.
      Courage à toi !

  4. j’aime aussi beaucoup échanger avec ma grand mère, qui a eu 9 enfants – sans que ce soit un choix évidemment, plutôt une « benediction » un peu forcée, ou un débordement d’amour, assurément ! Elle me disait que son moyen de contraception c’était le fer a repasser : la meilleure méthode étant de se coucher une fois son mari endormi !!!
    merci de tes témoignages que je lis avec beaucoup de plaisir, étant moi aussi en pleine recomposition familiale, avec un trait d’union qui naitra en décembre…

    • 9 enfants, je suis admirative !
      J’ai eu peur en lisant le fer à repasser au départ mais cela m’a bien fait rire !
      Merci à toi d’avoir pris la peine de me laisser un petit message et je te souhaite beaucoup, beaucoup de bonheur !

  5. C’est chouette ces conversations. Et je crois que c’est plus une question de discours que d’époque pour plein de choses. Ma mère m’a élevée comme j’élève mes enfants, à peu de choses près, mais elle donne les conseils qui l’arrangent aujourd’hui 😉

  6. J’ai de la chance de ma grand mère aussi soit très ouverte sur le sujet. Je t’avoue que quand elle me raconte ses accouchements, je heureuse de vivre en 2017 pour avoir tout le confort médical surtout en cas de problème ! Et j’ai l’impression que maintenant, on a un peu plus le droit de se « plaindre » qu’avant mais je sais pas si c’est vrai

  7. Je trouve ça passionnant que tu puisses échanger comme ça avec ta grand-mère. Tellement de choses ont changer en finalement si peu de temps!
    Quand je discute avec ma grand mère, ma fille devait aussi se faire les poumons et devrait être propre depuis ses 12 mois. Car tu comprends, à l’époque, avec les langes, on perdait pas de temps, on en avait marre bien assez tôt et si on pouvait s’éviter des lessives tant mieux. En bref, ma maman a du passer sa vie sur le pot à partir de 1 an car soit-disant qu’elle était propre… (et dire qu’à 19 mois on crie de joie d’avoir un pipi et un caca par jour sur le pot depuis 2 jours ^^)

  8. Mon mari et moi avons perdu tous nos grands parents avant même d’être mariés, mais j’aurais bien aimé avoir un peu leur vision
    Bon, en même temps, en vivant sous les tropiques, mes parents étaient un peu « hippies ». Ma grand mère maternelle a été horrifiée d’apprendre que mon petit frère n’avait pas de chaussures… elle a dit à ma mère qu’il ne pourrait pas apprendre à marcher (ma mère lui a répondu que c’est bien connu, les petits sauvages ne marchent pas)

  9. Très chouette article, c’est sûr qu’il y a un monde entre nos quelques générations…du bien, du moins bien, c’est super quand même d’avoir ce partage, cette richesse pour comprendre combien aussi, être mère marque une vie.

  10. Ton article me fait penser à un livre que j’ai lu et dont j’avais parlé dans un billet: Moi, Adeline, accoucheuse. C’est un témoignage passionnant sur la vie des femmes dans les campagnes, autrefois. On voit bien l’immense fossé qui nous sépare de ces femmes aujourd’hui: le fait de choisir d’avoir des enfants a conduit à une sacralisation de la grossesse et de la maternité, alors qu’à l’époque, c’était une fatalité. La femme, en plus d’être enceinte, avait souvent honte de son état, qui la reliait forcément à l’acte sexuel, tandis que les hommes étaient occupés toute la journée par des travaux harassants. C’est chouette que tu puisses débattre de cela avec ta grand-mère!

  11. La question principale est: est-ce que mon commentaire va passer? :p
    Moi je n’ai plus mes grand-mères depuis longtemps; mais même avec ma mère, il y a déjà un fossé générationnel, ma mère n’a jamais pris la pilule, mon père ne participait pas trop à la vie familiale. L’éducation était plus autoritaire, la bienveillance pas toujours présente… Cela dit, ma mère ne commente pas trop notre éducation, même si je pense qu’elle nous trouve un peu laxistes (elle n’osera pas le dire). Moi je pense que la société ayant changé, nos enfants sont différents d’il y a 30 ans, on ne peut pas appliquer le même modèle… Bref, vaste sujet!
    Cet échange avec ta grand-mère est en tout cas passionnant et forcément enrichissant 😉

  12. Je n’ai jamais pu echanger sur la maternite avec mes grands meres. Tu as de la chance.
    Mon grand-pere a parfois essaye de partager ses recommendations sur la facon dont elever un enfant… Comme ta grand mere, c’est tres traditionnel: le laisser pleurer, ne pas trop s’en occuper pour ne pas le gater, rester a la maison pour s’en occuper mieux… Mais je n’ai jamais vu mon grand-pere s’occuper d’un bebe, en vrai, alors je relativise un peu ces recommandations, sur ces sujets 😀

  13. Quelle chance tu as de pouvoir échanger avec ta grand-mère, d’autant plus de manière si ouverte ! Elle a l’air d’être une personne admirable en tout cas ! Merci pour ce beau partage !

    Virginie

  14. Mes grands-mères étaient surtout admiratives que ma soeur et moi allaitions plus de 3 mois tous nos enfants car elles avaient préféré vite passer au lait concentré Nestlé. Elles avaient du mal à comprendre pourquoi on ne choisissait pas la facilité de la modernité avec la péridurale pour accoucher.
    Pour le reste, elles me racontaient qu’à leur époque, c’était différent, qu’il n’y avait pas de machine à laver ou de couches jetables (alors pourquoi revenir en arrière maintenant qu’on peut être débarrassé de cette corvée ) mais il n’y avait aucun jugement.
    Maintenant, elles ne sont plus là pour que je puisse leur poser des questions.

  15. j’ai encore une grand mère, mais jamais je n’aurais de telles conversations avec elle… je ne suis pas assez proche d’elle… elle prend des nouvelles de mes enfants que quand je lui rend visite et de toute façon je ne sui spas étonnée car enfant elle n’a jamais rien fait pour que je sois attirée par elle, c’est comme si je n’avais pas de grand mère, je n’ai pas eu son attention, tout comme ma pauvre maman dit ne pas avoir eu de mère… cependant, en vieillissant, j’ai vu qu’elle avait plus de gestes affectueux avec ses arrières petits enfants et comme elle sourit quand elle les voit… bref, tout ça en fait pour dire, que je n’ai jamais entendu sa version de la maternité… je n’ai que le point de vue de ma mère qui est à cheval sur les générations….
    c’est cool que tu puisses ainsi échanger avec ta grand mère…. parfois elles peuvent être encore de bons conseils, tout n’est pas négatif dans leur façon de faire avant…

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