Je m’étais promis de venir en parler ici, lorsque la tempête intérieure qui m’a agitée ce serait calmée.
Lavande va avoir un an et le temps a suffisamment passé pour que j’ai le recul et que je puisse sereinement en parler.

Lavande est mon deuxième bébé.
Un bébé qui est arrivé tout en douceur et sereinement.
Les premiers jours, elle dormait.
Tout le temps.

Je me rappelle des deux nuits que j’ai passé à la maternité.
J’entendais des tas de bébés qui hurlaient et moi, rien.
Mon bébé couinait légèrement lorsqu’il avait faim puis se rendormait.
J’ai attendu la nuit de la java avec appréhension, mais non.
On m’a dit « certains bébés ont besoin de quelques jours pour atterrir et se réveiller ».
Et puis, nous sommes rentrées.

Tout se déroulait alors sans difficultés lorsque Lavande a commencé à perdre du poids.
Un reflux interne a été diagnostiqué. J’étais très surprise.
Un bébé qui a un reflux n’est pas censé pleurer toute la journée ?
Je culpabilisais aussi, de n’avoir rien vu.

Lavande elle, dormait. Encore et toujours.
Les jours passait, puis les semaines.
Nous ne l’entendions jamais ou juste pour manger.
Et moi, je m’inquiétais.

Un bébé ça pleure, ça fait des coliques, ça demande à être bercé, cajolé, consolé, ça a besoin d’une certaine proximité.
Elle aimait dormir seule, dans un grand lit, au calme dans sa chambre.

Est-ce que ce sont les très grandes difficultés que j’ai pu rencontrer avec son frère lors de ses premières semaines de vie qui ont amplifié mon ressenti ?
Les soirées entières où il hurlait sans discontinuer et que nous ne parvenions pas à l’apaiser.
Les journées à le porter en écharpe sans jamais pouvoir le coucher ?

Je ne sais pas vraiment.

Je me souvenais surtout de l’impuissance et de la difficulté que je pouvais ressentir.
Avec Lavande, cette impuissance était différente, je me sentais inutile.
Tout cela était trop facile.

On me disait: « c’est super, un bébé si calme. Elle dort tout le temps, quelle chance ! ».
Je ne me trouvais pas chanceuse et je culpabilisais de ressentir cela.
Jamais contente, tu as un bébé, en bonne santé et tu trouves encore matière à râler ?

Je n’y arrivais pas. Il devait y avoir un problème, forcément.
Une mère sent ces choses-là ? Je ne sais pas…

Les premiers mois, j’ai observé, traqué toutes ses évolutions.
Tiens, elle ne fait pas ça, il y a un problème, c’est sûr.
Je faisais des recherches sur des forums (très très mal) : bébé trop calme, dort beaucoup.
Je m’en suis rendue malade, vraiment.
Mais c’était compliqué de l’exprimer ouvertement sans passer pour celle qui se plaint la bouche pleine.
« Ma fille est trop facile, je suis au bout du rouleau, aidez-moi ! »

Alors j’observais les réactions des gens en me demandant s’ils feraient preuve d’honnêteté, si eux aussi doutaient.
Je regardais les autres bébés pour tenter de relativiser.

Je n’avais aucun élément concret.
Juste un bébé calme et serein qui semblait n’exprimer aucun besoin.

J’en ai parlé à mon médecin.
Je lui ai exposé ce que je ressentais, mes craintes et mon incapacité à me raisonner.
Elle a su m’écouter et me rassurer.

Les bébés heureux ça existe vous savez ?
Vous lui donnez tout, elle n’a besoin de rien de plus.

Je n’y avais même pas pensé.

Nous avons quand même tout vérifié ensemble, elle m’expliquait les choses auxquelles je devais faire attention.
Le reflux la fait souffrir et certains bébés se replient sur eux-même pour le gérer,
cela peut expliquer son calme et son besoin de se reposer.

Nous avons vu l’ostéopathe également.
Lors d’une séance, je me souviens qu’il a vanté sa tonicité et j’ai failli pleurer tant je me sentais soulagée.

Les mois ont passé et Lavande s’est éveillée.
Elle a commencé à s’intéresser à tout mais toujours tranquillement, à son rythme à elle.
Comme pour me montrer que tous les bébés n’ont pas besoin d’être pressés,
comme pour mme faire ralentir et aller à son rythme.

Moi qui fait toujours tout à mille à l’heure, j’ai du m’arrêter et prendre le temps de l’observer.
S’imposer, tout en douceur, dans ma vie et dans mon coeur.

Je crois que peu à peu, ces immenses peurs se sont dissipées.
IL y en aura d’autres, sûrement, mais chaque chose en son temps.

Peur de quoi finalement ? Je ne sais pas vraiment.

Peur de passer à côté de quelque chose, comme le reflux que j’avais manqué ?
Peur de revivre les difficultés que j’avais rencontrées pour mon premier ?
Peur de ne pas mériter ce nouveau bonheur et qu’on vienne me le voler ?

Je ne sais pas, et je ne le saurai sûrement jamais.
La maternité et les premièrs mois de vie d’un bébé peuvent tellement nous bouleverser.

Je voulais juste venir en parler, parce que lire ce genre de témoignage il y a quelques mois
m’aurait peut-être aidée.