Paroles de beaux-parents: Mathilde.

Paroles de beaux-parents: Mathilde.

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Mathilde m’a envoyé un très gentil message et m’a proposé de répondre à mes questions pour raconter son histoire. C’est avec grand plaisir que j’ai accepté. J’ai été très touchée à la lecture de ses mots et par sa capacité à exprimer très justement son ressenti sur une situation si complexe… Merci de ta confiance Mathilde !

Tu te présentes ?
Je m’appelle Mathilde, j’ai 23 ans je suis belle-maman depuis presque un an maintenant.

Et ta famille alors ?
Je vis avec Monsieur depuis quelques mois, il a un petit garçon de bientôt quatre ans.
Les deux parents vivant dans la même ville, il peut avoir son fils une semaine sur deux.
Et j’ai ramené mon gros chat 🙂

Ta première rencontre avec ton compagnon c’était comment ? Tu as su tout de suite pour son fils ? Tu as réagi comment ?
Mon compagnon et moi nous sommes rencontrés sur notre lieu de travail, un an environ avant que nous ne nous mettions en couple.
Jusqu’à ce que l’on commence à se fréquenter nos rapports étaient ceux de collègues ; je connaissais donc sa situation (en couple avec un enfant en bas âge) et il connaissait la mienne (en couple également depuis plusieurs années) ; évidemment à cette époque-là je ne me sentais absolument pas concernée et surtout jamais je n’aurais imaginé que cette vie de famille qu’il évoquait parfois allait un jour me toucher de si près !

Cependant, une fois que nous avons commencé notre relation, j’ai rapidement mesuré la place non négociable qu’occupait son petit garçon, non pas seulement dans son cœur, mais dans son quotidien ; ce sont des choses que l’on imagine très mal je pense lorsque l’on n’a pas d’enfant comme c’est mon cas, quand on est aussi jeune que je le suis, et n’ayant de plus jamais eu d’enfant dans mon entourage.
Sans que rien ne soit dit ni demandé, j’ai tout de suite compris que si je voulais m’engager avec cet homme il allait falloir composer avec son fils.
Mais, même si j’avais connaissance de son passé, que j’avais le fort pressentiment de l’impact que cela aurait sur ma vie et sur ma liberté (il faut le dire), je ne me suis pas posée trop de questions et c’est assez naïvement et très amoureuse que je me suis dit : il a un fils, qu’à cela ne tienne, je l’aime suffisamment pour l’accepter !

Je ne regrette absolument pas cet élan et ce choix mais pour être tout à fait honnête il y a des jours un peu plus gris où je me révolte, non pas contre cette situation, mais contre ce que cela m’impose, ce que cela m’enlève de choix, pour ma vie propre, et pour notre vie de couple.
Ce sont des sentiments inexprimables.

Et ton entourage ça se passe comment ?
Les réactions de mon entourage ont été mitigées et parfois très dures.
Mon compagnon et moi avons une différence d’âge très marquée.
J’étais de mon côté dans une relation stable depuis plusieurs années (le premier amour) mais dans un moment très difficile de ma vie : ledit premier amour s’était fait la malle pour plusieurs mois à l’autre bout du monde pour ses études, me laissant dans une situation financière extrêmement délicate m’imposant de prendre deux jobs me faisant bosser jusqu’à 50h/semaine, avec mon mémoire à rédiger en même temps ; d’autre part, j’ai depuis toujours une relation extrêmement compliquée avec ma propre famille, avec laquelle je n’ai plus que très peu de rapport et de laquelle je me tiens le plus éloignée possible, je me sentais donc extrêmement seule et démunie.

Mes amis ont pensé au début que mon histoire avec cet homme n’était pas sérieuse ; sans me juger pourtant ni jamais m’opposer la moindre critique, j’ai trop souvent ressenti l’incompréhension dans ces yeux amis, qui comprenaient difficilement dans quoi je m’embarquais !
Dans l’ensemble cependant, mes amis très proches qui connaissaient ma situation difficile d’alors m’ont soutenue, car tous, sans exception, ont vu le bien que me faisait cette relation.
De plus, tous savent que mon désir d’enfant est très fort et donc que la présence d’un enfant n’était pas pour moi en soi un obstacle ; et une fois que j’ai eu rencontré son fils ils se sont tous sincèrement réjouis pour moi que les choses se passent bien, cela m’a fait du bien.
Néanmoins je me suis souvent sentie très seule, et encore aujourd’hui.
Mes amis proches ayant tous plus ou moins le même âge que moi, et de toute façon n’ayant pas d’enfant et encore moins de beaux-enfants, je n’ai absolument personne vers qui me tourner lorsque ces milliers de questions que je pense toute belle-maman et toute belle-maman sans enfant se pose surgissent dans mon esprit.

Pour ma famille, alors là ! Ca a été une catastrophe ! J’ai eu droit à des mots très très durs, très injustes. Mon frère a été le seul à se montrer un peu ouvert mais il ne me prenait pas au sérieux pour autant.
Aujourd’hui que ma famille le connaît les choses sont un peu calmées mais cela reste très compliqué et je sais ne pouvoir attendre aucun soutien de ce côté-là ; c’est très dur.

Tu nous parles de son fils ?
Son fils est un petit garçon très gentil, vif et intelligent ! (rien que ça oui 😉 )
J’appréhendais énormément la rencontre, c’est son père qui l’a voulue après six mois de relation environ ; aujourd’hui je me rends compte à quel point cela a été une marque de confiance de sa part.
Je pense également que si j’avais mesuré l’impact que cela aurait sur ma vie et l’engagement en quelque sorte que cela me demandait (car on n’entre et on ne sort pas de la vie des enfants comme dans un moulin n’est-ce pas !) j’aurais peut-être attendu quelques semaines de plus ; ma propre enfance étant pour moi un passé très lourd et très difficile à porter, le contact de ce si petit enfant m’a montré dans toute sa cruauté la facilité avec laquelle les adultes peuvent abuser des enfants et les détruire.
Cela a réveillé en moi des choses très violentes et très douloureuses, mais dans mon cas c’est comme qui dirait un dommage collatéral, n’ayant bien entendu strictement rien à voir à ce petit garçon et qui n’a pas du tout entaché ma façon d’être avec lui !

Je m’entends très bien avec son fils ; nous nous sommes comme qui dirait adoptés mutuellement et immédiatement ; c’est un immense soulagement pour moi.
Beaucoup de gens me demandent ce que je ressens à l’égard de ce petit être qui n’est pas issu de ma chair mais avec lequel j’apprends à vivre une semaine sur deux et duquel je dois prendre soin.

Je pense que cette question, même si elle est intrusive d’une certaine façon est intéressante.
J’ai pleinement conscience que cet enfant aura toujours de ma part une sorte d’amour très particulier ; lorsque je pense à lui je ressens trois choses : une grande affection, une profonde bienveillance et surtout un immense respect, pour ce qu’il est mais aussi pour son histoire, car j’ai conscience que lui non plus (pas plus que moi) n’a rien demandé et doit s’adapter à cette nouvelle configuration.
Mais j’avoue qu’au début je me suis demandée si j’avais tout simplement le droit d’aimer cet enfant.
Cela peut sembler bête, mais la question de la légitimité est extrêmement sensible dans ce cas de figure il me semble. Et il est parfois très difficile de passer du temps avec lui, de partager de très bons moments et de se rappeler de notre propre vide, se dire qu’on ne remplacera jamais personne pour lui, mais qu’il ne remplace pas non plus pour nous un enfant que l’on aurait porté…

Une anecdote, un bon souvenir ?
J’en ai des dizaines !
Pour évoquer les plus émouvants, je dirais la première fois où il m’a dit « on s’aime très fort hein ? » ou parfois lors des repas, il cherche ma main, l’attrape et la pose sur son visage pour que je lui fasse des petites caresses, ça fait toujours chaud au cœur.

Vos mots à vous pour parler de tout ça ?
Pour lui je suis Mathilde, quand je m’adresse à lui j’utilise son prénom également.
Pour les autres je dis soit le prénom soit « son fils ».

Quand vous êtes tous ensemble, ça se passe comment ? Ca change quoi ?
Quand on est ensemble bien sûr cela change tout !
Déjà le papa qui est content d’une certaine façon, très particulière.
Les rythmes sont différents aussi.
Cela se passe en général très bien ; j’avoue que je fais tout pour, quitte à parfois être un petit effacée afin d’éviter les collisions…
J’ai souvent lu qu’il était très compliqué de se retrouver belle-mère avant d’être mère ; je partage absolument cet avis.
Il est très difficile de trouver le ton juste, de savoir s’investir tout en se protégeant et en conservant des limites.
Dans mon cas c’est d’autant plus compliqué que mon modèle parental est malsain ; du coup je préfère y aller tranquillou comme on dit hein 😉 Je n’hésite pas à participer, à gronder aussi lorsque je suis seule avec lui et que cela est nécessaire (ça a dû arriver une fois…), mais quand le papa est là j’avoue ne pas trop me mêler des questions d’autorité même si je pense que cela a pour conséquence qu’il doit se sentir parfois très seul (on ne parle pas assez de ce sujet je trouve).
Il est très difficile dans une telle situation de s’affirmer et je pense qu’il n’y a pas de recette miracle… Le temps aide beaucoup, l’écoute aussi des besoins des uns et des autres, la compréhension, l’acceptation…

Ton rôle de belle-mère, qu’est-ce qui est le plus difficile ?
Le plus difficile c’est de regarder cet enfant, ressentir de l’affection et déceler dans son visage les traits de sa mère, se dire qu’il n’y est pour rien bien sûr mais qu’il est la preuve vivante d’un passé, d’un amour, qui, s’il n’existe plus réellement, a laissé une empreinte absolue.

Ce que ça t’apprend et t’apporte au quotidien ?
Cela m’apprend, de par mon histoire à digérer mon passé ; cela me donne envie de faire des enfants ; cela m’apporte beaucoup de joie et de gaieté.
Je prends cela comme un enrichissement, même si c’est quelques fois éprouvant.

Ton truc, conseil de belle-mère ?
Ne jamais se forcer et ne forcer personne.
Être à l’écoute des besoins, des chagrins, des souffrances, y répondre autant qu’on le peut, accepter les situations, mais ne jamais se forcer, quitte parfois à être un peu moins à la hauteur.

Et le papa dans tout ça ?
C’est un très bon père, très attentif, très affectueux, très investi.
J’essaye de ne pas trop le bloquer par mes états d’âme afin de laisser suffisamment de place pour qu’il exprime ses propres tracas et angoisses… Je ne sais pas si j’y parviens vraiment…
Il y a tellement de choses que je sais ne pas être capable de vraiment mesurer…

Un souhait pour votre avenir à tous ?
J’ai conscience que l’affection mutuelle et immédiate qui s’est construite entre son fils et moi peut ne pas durer, être remise en cause etc.
Cependant, sans m’illusionner, cela me donne confiance et espoir pour la suite.
J’espère que de sa situation douloureuse de parents séparés il saura en faire une force et tirer des atouts. J’espère surtout, de tout mon cœur, que notre relation saura s’inventer et s’approfondir.

Merci infiniment Mathilde de t’être livrée avec autant de justesse et de sincérité. Ton témoignage m’a beaucoup touchée.

Si vous désirez vous aussi venir raconter votre famille, n’hésitez pas à me contacter via le formulaire de contact.

7 commentaires

  1. Waou, bravo Matilde c’est très courageux à un si jeune âge de prendre une telle responsabilité mais surtout je trouve que vous avez un recul très sain sur la situation. N’hésitez pas à parler avec votre amoureux de vos inquiétudes face à son fils et aussi de lui demander s’il souhaiterait que vous soyez plus comme ci ou moins comme ça.
    bonne continuation

  2. Je ne saurais dire à quel point j’ai été émue en lisant ces mots. Je me suis reconnue plusieurs fois, au début de mon histoire avec mon mari… Merci Mathilde, c’était très beau ! C’est vrai que c’est parfois difficile mais c’est aussi beaucoup de bonheur. Je n’imaginerais pas ma vie sans mes beaux enfants…

    • Mathilde m’a beaucoup émue également car j’ai été cette jeune belle-mère de 23 ans. On peut lui dire que c ‘est difficile mais que ça vaut la peine hein ? Merci pour elle Chloé !

  3. Bonjour,
    Votre blog est super et votre rubrique Paroles de Beaux Parents est très rassurante. Mon conjoint a deux enfants que je rencontrerais bientôt, et je suis pleine de questions et forcément aussi un peu d’appréhension.
    Bref merci pour ce blog et ces témoignages qui rassurent un peu.

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