Paroles de beaux parents: Nathalie

Paroles de beaux parents: Nathalie

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Nathalie m’avait laissé de gentils commentaires sur le blog et j’ai découvert le sien. Je lui ai demandé de répondre à mes questions et elle a gentiment accepté. Je la remercie d’avoir accepté et de s’être livrée avec sincérité. J’ai beaucoup aimé te lire Nathalie…


Tu te présentes? 
Hum hum… alors je m’appelle Nathalie, j’ai 20 ans. 33 dans moins d’un mois en fait mais ça passe tellement vite que je peine à compter 😉 …
 Je vis dans le Nooorrd. Je suis l’ainée de 3 filles, d’une famille très modeste. Je n’ai pas été une élève modèle, plutôt du genre: je fais juste ce qu’il faut pour que « ça passe ».
 J’ai rencontré le papa de ma première fille à l’âge de 15 ans. autant dire que je me suis attachée bien trop tôt. Je me suis mariée à 23 ans. J’ai eu recours à la procréation médicalement assistée, une épreuve que j’ai menée dans le secret, mais dont j’ai balayé la souffrance dès que j’ai su que je portais la vie. Une vie de couple non sans amour, mais chaotique, qui est allée là où elle devait aller, dans le mur, après 13 ans de vie commune et 7 ans de mariage. Le cap il parait.
 En plein chagrin, le destin a mis sur mon chemin mon deuxième partenaire de vie, et c’est là que j’ai compris mes erreurs du passé. A 30 ans, forcément, on est plus mature. Tout est allé très vite, la présence des enfants de notre première union nous a évidemment très vite propulsé dans la vie de famille et ses contraintes. Tout le monde rêvait d’une « petite sœur », elle est venue sceller notre tribu un an plus tard.
Je suis entrée dans la vie active en juin 2001. J’avais choisi des études courtes, un BTS, trop pressée de voler de mes propres ailes et surtout sans idée de métier ni vocation. Le hasard m’a fait mettre le pied dans un cabinet d’avocats lillois, et c’est là que des déclics se sont fait. Un an après, je retournais sur les bancs de la fac, le vendredi après-midi et le samedi matin en conciliant vie personnelle et vie professionnelle, pendant 8 ans. J’ai décroché un master de droit en juin 2010, l’été de ma séparation.
 Ma séparation, ma reconstruction ensuite, l’arrivée de Léa.. ont mis mes projets professionnels en suspens, mais « les affaires reprennent » aujourd’hui. Au quotidien, j’assiste un avocat en droit du travail. C’est ce que je fais depuis 13 ans. J’ai entrepris une démarche de bilan de compétences pour faire le point et me rebooster. J’aimerais être juriste, et pourquoi pas avocat. Mais la vie de famille est prenante et les priorités changent avec elle. 

Et ta famille alors? 
Ma « tribu » se compose donc de ma fille ainée Isaure, qui a 6 ans et demi et qui voit son papa au rythme traditionnel 1,3,5 et la moitié des vacances.

Loïc a 35 ans, il est manager dans une entreprise de prestations informatiques (déploiement à distance…) en métropole lilloise  aussi. Son fils Alexandre, de 9 mois l’ainé d’Isaure, vit avec nous une semaine sur deux. Et Léa, le petit trait d’union de notre tribu aura 3 ans dans un mois. Celle-là, elle est tout à nous.
Nous voilà donc classés « famille nombreuse » et pas des moindres avec des enfants si rapprochés et en bas âge.
Tu nous montres une photo qui vous représente, je te laisse choisir sa légende.
Photo de la rentrée 2014. Alexandre était avec nous, on était donc au complet pour l’entrée au CE1 d’Alexandre, la grande entrée au CP d’Isaure et Léa, en petite section. Le genre de rendez-vous qu’on regarde un an à l’avance sur le calendrier.

 

Ta première rencontre avec ton mari, c’était comment? Tu as su tout de suite pour son fils? Tu as réagi comment? 
Je n’aime pas le dire mais j’ai rencontré Loïc sur un site de rencontres. Non pas qu’on soit adeptes, mais pour dire toute la vérité, on s’est trouvé au bout de la deuxième connexion et surtout en s’y étant inscrit par vengeance tous les deux, d’avoir été trompés.
Bref. Une sacrée coïncidence mais sans laquelle on ne se serait surement jamais trouvés. Loïc est doux, attentionné, respectueux, et surtout à l’écoute et ouvert au dialogue. On a de si beaux projets, tant d’affinités. J’ai compris avec lui que ce que dont je souffrais dans ma vie passée, ne relevait pas d’une exigence égoïste mais bel et bien d’une erreur de casting. J’ai je pense pris 10 ans de maturité en 1 an. En tout cas mon regard sur la vie, la vie de couple et la condition de la femme a pris un énorme tournant.
 Notre plus grand défi de couple a été cette maison qui nous abrite aujourd’hui, et qui était là avant moi. ensemble, nous avons pris des mesures pour que je sois CHEZ MOI. Je me suis constituée un patrimoine personnel, investissement dans lequel Loïc m’a apporté toute son aide et son soutien, encore aujourd’hui. On a abaissé nos frontières, conjuguer les restes de notre vie passée, tout en se protégeant l’un l’autre.
J’ai tout de suite su pour Alexandre puisque c’était inscrit dans son « profil ». Je n’ai jamais été effrayée puisque quelque part la similarité de nos parcours nous rapprochait. 

Seulement, quand je suis arrivée, la maman d’Alexandre était dépressive et avait fait 6 mois plus tôt une tentative de suicide suivie d’une hospitalisation, la deuxième en 10 ans. Elle avait décidé de tout quitter et était partie (sans Alexandre). 
Quelques mois après mon arrivée des conclusions d’avocats sont tombées, elle avait fait volte face et avait décidé de demander la garde exclusive d’Alexandre.
 Nous nous sommes alors retrouvés au tout début d’une histoire d’amour avec déjà deux enfants à préserver et élever, un divorce pas toujours au rythme d’un fleuve tranquille, et une bataille juridique pour que Loïc ne perde pas la garde de son fils.
 Notre couple s’est formé et construit dans cette tourmente avec le bagage d’une vie passée et une confiance à retrouver. Autant dire que le sommeil réparateur, on ne sait plus ce que c’est. Çà a été très difficile.

 Reconstruire et RECOMPOSER est un véritable challenge. Les choses se sont apaisées depuis, je pense que nous sommes aujourd’hui un couple très solide.

Et ton entourage, ça se passe comment? 
J’ai beau rencontrer des personnes dans mon entourage dans la même situation, j’ai toujours l’impression d’être un ovni. J’envie les familles traditionnelles. Mais malheureusement, il vaut mieux être heureux recomposés que malheureux dans une famille unie pour de mauvaises raisons.
 Mon entourage essaye de comprendre. Mais je pense qu’il faut le vivre pour pouvoir comprendre. Être lié à un ex car on sera toujours des parents, élever l’enfant d’un autre, être la « belle-mère » ou avoir la pire étiquette de cette recomposition 😉

Autrement, les familles ont adopté l’ensemble des enfants, sans distinction. Une chance pour eux. Je pense que nous sommes parvenus à recréer une véritable famille. Même si entre nous adultes, les affinités ne sont pas celles que j’aurais souhaitées. 
Une anecdote, un bon souvenir: 
Une anecdote : à la piscine avec Isaure, je rencontre un papa avec son fils, un copain d’Alexandre. J’explique au papa que je suis la « belle-mère » d’Alexandre et il répète avec moi, les yeux levés au ciel, en se retournant le cerveau je le vois, pour essayer de comprendre avec qui Alexandre 7 ans avait bien pu se marier pour avoir déjà.. une belle mère! J’avais envie de rassurer ce monsieur en lui disant que moi non plus je ne m’étais pas encore faite à ce mot. Et je ne l’aime toujours pas.

Un bon : on emmène les enfants au grand stade de Lille voir leur tout premier match. Un collègue de Loïc se retourne, me regarde, regarde Alexandre et dit « c’est tout sa mère » 😉
Vos mots à vous pour parler de tout ça? 
Alexandre m’a toujours appelé Thalie. J’avoue que je n’aime pas la place des prénoms dans une famille. C’est comme ça que me nomment ma mère et mes sœurs d’ailleurs.
Isaure a, je pense, fait un doux raccourci, qui n’est pas du goût de son papa on peut le comprendre, mais qu’importe. Pour elle, le papa d’ Alexandre comme on l’appelait au début, s’appelle « papalexandre ». tout le monde a adopté ce surnom.

Isaure, gare à celui qui dira qu’Alexandre n’est pas son frère. Pourtant je lui explique bien qu’Alexandre est son quasi-frère car ils vivent ensemble mais n’ont pas de parents communs, mais sur la dernière fiche qu’elle a rempli à l’école, elle a bien mis « 1 » dans la case frère et « 1 » dans la case sœur.
Je ne fais pas de distinction entre mes filles. Elles sont « cul et chemise » et ont poussé dans mon ventre. Le premier qui prononce le mot « demi » est mort. Je ne l’ai jamais encore entendu. (personne n’est mort ;))
Les enfants ont peu de souvenirs de leur vie passée. Ils avaient 2 ans et demi et 3 ans quand c’est arrivé, l’âge où commence la mémoire. Tout le monde a trouvé sa place et je pense qu’il faudra attendre l’adolescence pour entendre « t’es pas mère »… mais une fois pas 2. (la réponse : « qu’importe, ici les parents c’est nous et c’est moi qui décide quand tu es ici »)
Quand vous êtes tous ensembles, ça se passe comment? Ça change quoi?
 On se sent ENTIERS. Ça peut paraitre bête, mais on est mentalement bien que lorsque personne ne manque à quelqu’un, que l’on maitrise tout, que tous les petits lits sont remplis et que l’on peut décider le matin en se levant d’aller faire une balade, un resto ou aller à la mer sans penser que quelqu’un manquera ça. Et pourtant, c’est aussi le plus fatiguant, le plus usant.
Il y a quelque chose que l’on déteste par-dessus tout. C’est de croiser nos enfants dans un lieu public pendant qu’ils sont avec l’autre parent. De leur faire un simple bisou, de faire bonne figure, et les laisser repartir, de passer ton chemin et repartir, sans ton enfant…
La vie de famille recomposée, c’est aussi un calendrier des gardes épinglé sur le mur de la cuisine pour voir à l’avance les week-ends à trois, à quatre ou à cinq, si tout le monde sera là à l’anniversaire de mamie, à Pâques ou pour le baptême de la petite cousine, c’est ne plus s’attacher aux dates et faire Noël le 31 décembre ou Pâques le 29 s’il le faut pour éviter tout conflit. 
C’est renoncer à des détails qui avaient de l’importance par le passé, s’adapter et se renouveler en permanence pour ne montrer aux enfants que le coté positif de cette situation, 2 fois noëls, 2 fois les anniversaires, le double de vacances, etc…
Le pire, c’est les grandes vacances. 15 jours contraints et forcés, avec 4 coups de fils comme seule bouée…Noël ou le balai des va et vient, l’un rentre le 24 au soir et repart le 25 au matin, l’autre revient juste pour la journée du 25 selon les années paires, impaires. Et on sourit, encore et encore, pour ne rien laisser paraître.
Je ne suis pas très positive là dans ces explications, et pourtant il faut bien comprendre qu’une séparation avec enfant n’est pas sans conséquence et bouleverse totalement les repères traditionnels. 

Ton rôle de Belle-mère. Ce qui est le plus difficile? 
C’est de rester à ma place. J’ai agi avec et vis-à-vis d’Alexandre comme s’il était mien. je m’y suis cassée les dents. Des larmes ont coulé. Ce que je veux dire par là c’est que Alexandre a une maman, un papa, et des grands-parents très présents. Et quand bien-même je décidais de quelque chose pour Alexandre, émettais des idées pour ses activités extra-scolaires par exemple, des aménagements de garde, etc., j’étais frustrée de voir qu’au final, ce n’est pas moi qui décide. Alors j’ai pris du recul et je m’en porte beaucoup mieux.
Ce qui est difficile aussi, et Loïc vous le dira, c’est qu’on n’a pas la même patience avec son propre enfant qu’avec celui de l’autre. C’est sujet à nombreuses tensions. Mais en faisant preuve de transparence, on s’adapte.  

 

Et le papa dans tout ça ?
Avec le papa d’Isaure c’est tendu. Disons qu’on peut passer des mois sans heurts, à raison de beaucoup d’eau dans le vin et de sourires en coin quand même. Parce que malgré tout, il est amer je pense de ce que j’ai reconstruit, de ce que je vis avec Isaure.
Mais ce serait beaucoup trop long à expliquer ici.
Je n’ai gardé moi aucune amertume, car c’était un mal pour un très grand bien.

Malheureusement, Isaure nous lie et nous oblige à un minimum d’échanges. Il met au dessus de ma tête depuis 4 ans une épée de Damoclès, si je le contrarie, il demande la garde alternée. Cette épée est tombée pour la 3e ou 4e fois ce week-end. Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que cette fois, il le fera.
 Il n’a jamais profité du droit de visite élargi que je lui donne en lui proposant de prendre Isaure en soirée ou jusqu’au lundi matin s’il est en retard le vendredi. Il le fait pour m’atteindre, même si je ne remets aucunement son amour pour sa fille en doute.
En tout cas, après 4 ans, force est de constater qu’on ne peut toujours pas vivre en paix. Et mes amis qui connaissent les périples de la vie recomposée me disent que ce n’est qu’un début. Depuis 3 jours je suis à fleur de peau, j’ai peur. J’attends.
Et la maman dans tout ça ?
Et oui puisqu’il y a la maman d’Alexandre aussi.
 Honnêtement, aujourd’hui on ne peut rien lui reprocher, vis-à-vis d’Alexandre, elle est  quasi exemplaire. Notre éducation est, je pense, assez sur la même longueur d’onde. On ne sera jamais amies, mais on échange en toute cordialité. Les désaccords sont assez rares. On est respectueux et donc, çà marche. Elle vit à 2 km de la maison. Et si je vous dis que l’on va elle et moi au même cours de STEP… vive la vie en tribu 😉 
Un souhait pour votre avenir à tous? 
Mon seul souhait c’est de réussir à avoir des relations fusionnelles avec les enfants à l’âge adulte, qu’on fasse de grands noëls en famille, tous réunis, que les enfants se côtoient, que les enfants ne deviennent pas ingrats de tout ce que l’on aura traversé et fait pour les préserver au mieux. 

 

J’ai oublié un truc important? Une dernière chose à rajouter?
Merci Marie de m’avoir donné l’occasion de me mettre « à nue », de m’être davantage dévoilée pour celles, nombreuses dans la blogosphère, qui me connaissent déjà et de me présenter pour les autres. Tu le sais déjà, la blogosphère est une belle famille elle aussi, recomposée de parcours différents, mais tous liés par des loisirs, des valeurs en commun.


Merci à toi. Je vous souhaite beaucoup, beaucoup de bonheur. Et pour avoir vécu ces situations étant enfant, je te le garantis, un jour on grandit et on comprend!

4 commentaires

  1. J'aime lire vos petits bouts de vie, et m'apercevoir qu'il y a plein de personnes avec qui on a des points communs. Je ne suis pas "belle maman", mais famille recomposée oui… Jolie histoire en tout cas 🙂

  2. Hello Marie, Coucou Nath !<br />C&#39;est drôle de vous retrouver ici, sur ce joli blog plein de poésie dans lequel il faudra que je me plonge plus longuement.<br />Bravo Nathalie pour ce témoignage plein d&#39;émotion, de vérités vraies et de morceaux de vie. ça me rappelle l&#39;anecdote de l&#39;émission des Maternelles, tu sais décidément bien parler de ce que tu vis, sans chichi ni faux

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