Paroles d’enfants qui ont eu des beaux-parents: Alice.

Paroles d’enfants qui ont eu des beaux-parents: Alice.

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Alice est une jolie rencontre et c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai découvert son témoignage et son histoire. Une histoire de marâtres dont on aimerait qu’elles n’existent que dans les contes de fées et qui malheureusement sévissent parfois dans la réalité. Je te remercie Alice de ta confiance et te souhaite le meilleur. 
Le divorce.
Aucun souvenir. Nous vivions à Paris, tous les trois.

J’ai eu trois ans, mon père a trouvé du travail à Nancy, et faisait les allers-retour tous les week-ends.
Nous devions le rejoindre avec ma mère.

Environ un an plus tard, un vendredi, il est rentré, ma mère avait changé les serrures et mis ses valises chez le concierge.
Pas d’explication. J’ai cru comprendre plus tard qu’elle trouvait mon père « gris », et que la vie en province ne l’intéressait pas.
Ma mère était un personnage haut en couleurs, très impliquée politiquement. D’extrême gauche, elle qui venait d’une famille plutôt aisée…
Sans entrer trop dans les détails, j’ai passé un an avec elle, à déménager, à vivre d’une manière que l’on pourrait qualifier de « bohème » (terme mélioratif s’il en est !)
Et puis, un jour où elle m’avait « oubliée », les voisins ont appelé la police, qui m’a retrouvée dehors (j’avais moins de 5 ans…) avec son porte monnaie (j’étais partie faire des courses…).
Le commissariat. La DASS. Et mon père qui vient me récupérer alors qu’il rentre de son voyage de noces…( qui suivait son mariage, auquel je n’ai pas été invitée).
Et le début de l’enfer.
Privée de ma maman, qui s’il elle n’était pas parfaite, m’apportait suffisamment d’amour pour me sentir exister.
Au milieu d’un couple, jeunes mariés, qui n’avait absolument pas prévu l’arrivée d’une enfant, élevée comme une sauvageonne, qui pensait que dessiner sur les murs avec du rouge à lèvres était normal.
Une mère, plus capable de m’élever, qui sombre petit à petit.
Et l’arrivée d’un demi-frère, puis d’une demie-sœur. Que je n’ai pas le droit d’approcher. D’aimer.
 A qui je n’ai pas le droit de parler. A qui je serai à tout jamais désignée comme l’exemple à ne pas suivre….
Qui m’appelleront la Clocharde, ou Astérix (parce que ma belle-mère m’appelait l’Hystérique, et qu’ils ne connaissaient pas ce mot.)
Les insultes. Incessantes.
 « Ta mère est une putain alcoolique. Tu finiras sur le trottoir comme elle ». « Tu es une trainée »
Euh, j’ai 8 ans, là….
Me dire que lorsque j’avais 6 ans, on pensait que j’étais handicapée mentale (tiens, il faudrait que je pense à lui faire manger mon diplôme de master…)
Les humiliations.
 Ne pas avoir le droit de s’asseoir sur le canapé car c’est pour la famille.
 Manger seule, quand mon père est absent, sur une petite table en bois devant un mur.
Ne pas avoir le droit de boire le soir car si je me relève la nuit pour aller aux toilettes, je la réveille.
 Être habillée comme un clown, juste par méchanceté. Les coupes de cheveux, ratées sciemment.
Les humiliations devant mes copines.
La liste est longue et ne peut être exhaustive…
Un père, souvent absent, qui ne préfèrera pas trop prendre parti, pour éviter de dégommer une deuxième famille.
 Qui n’a pas compris qu’une enfant sans mère a doublement besoin de son père.
Qui parfois m’appelait Cosette, pour se moquer de moi, qui devait sans doute me plaindre pour rien… Qui n’a pas vu ni su comprendre ma souffrance. Qui n’a pas pu me protéger contre la haine d’une femme, qui se sentait en insécurité face à une autre femme, qui pourtant était partie de son plein gré.
Qui n’avait jamais su accepter le passé de son mari.
Et qui n’a pu me considérer au minimum comme une enfant. Qu’elle n’était pas obligée d’aimer. Mais qu’elle aurait pu ne pas détruire….
Je la comprends aujourd’hui. Enfin non. Je ne comprends pas sa folie haineuse. Mais je lui ai pardonné. Et aujourd’hui, elle est quasiment une grand mère exemplaire pour mes enfants… Qui l’eut crû ? Pas moi, assurément. Mais je ne laisserais pas la haine détruire une nouvelle fois ma vie.
Let it go.
Ma mère, je ne l’ai pas vu pendant sept ans. De mes 7 à mes 14 ans. Et je l’ai revue, par l’intermédiaire de ma grand mère maternelle.
 Deux fois je crois. Et elle est morte un matin de juin, je n’avais pas encore 16 ans.
Rupture d’anévrisme… Et voilà.
Il n’y a rien de plus à en dire.
 Nous n’avons pas construit de relation. Nous n’avons pas eu d’explications. Je ne sais pas ce qu’elle a fait de ces années. Je crois que son cœur de mère s’est mis en berne, comme un réflexe de survie. Enfin je l’imagine.
Et nous étions deux étrangères. Parce qu’elle n’était pas là pour mon quotidien. Pour calmer mes angoisses, soulager mes peurs et mes souffrances. Pour m’aimer, et me faire croire en moi… Pour rire et pour jouer.
Non, moi, à la place, j’ai eu quelqu’un qui s’est acharné à détruire tout amour propre, toute estime de soi chez moi.
Mais j’ai survécu. J’ai fait des études (moi, la débile…).
Je suis devenue une maman.Une maman funambule, parce que j’ai toujours l’impression d’avancer sur un fil. Je n’ai pas d’exemple, juste un contre exemple.

Alors oui, je gâte trop mes enfants. Oui, je les écoute trop.
Et puis parfois je me fâche. Trop fort…
Et puis j’en ai fait trois.
Parce que je me dis que, quoiqu’il m’arrive, ils ne seront jamais seuls…. Parce que s’ils ont un jour une belle mère, ils pourront faire front ensemble si elle est odieuse.
Et je souris. Tristement. Quand mon père me donne des conseils d’éducation.
Oui papa, mes enfants sont mal élevés. Pourris gâtés. Mais ils m’ont l’air plutôt heureux, jusqu’à preuve du contraire. Et ça, c’est déjà une victoire en soi, non ?!
Mais on fait avec les cartes qu’on nous donne, n’est-ce pas? De notre mieux…
Et on serre les dents très fort, pour ne jamais reproduire le schéma.
Et on serre les dents encore plus fort, à l’idée qu’un jour nos enfants auront peut être une belle mère…
Et je fais jurer à mon mari, que jamais, au grand jamais, il ne laissera quiconque faire le millième de ce qu’on m’a fait à nos enfants…

Merci beaucoup Alice pour ce joli témoignage.

Je cherche des beaux-parents et des enfants (plus ou moins grands) qui en ont eu. Si vous avez envie de venir raconter votre famille, n’hésitez pas à me contacter.

13 commentaires

  1. Ce témoignage m’a tiré des larmes… Comment peut on faire du mal à des enfants et qui plus est à ceux de son mari ?
    Bravo Alice de t’en etre sortie, bravo pour ta réussite et tes enfants, et tu as raison, la plus grande des réussites c’est leur bonheur.

  2. Oh Mon Dieu! Je suis bouleversée à la lecture de ce témoignage; des larmes plein les yeux et le coeur qui bat fort. Chère Marie, merci ! Chère Alice, Bravo, pour tout! A comme Audace, L comme Lumière, I, comme indestructible, C comme Courage et E comme Espoir. Voilà ce que je vois moi, dans Alice 😉 Belle et longue vie à vous et votre famille:)

  3. quelle enfance triste… Comment peux-t-on faire souffrir ainsi un enfant ?? et personne qui réagit, lui tend la main.. ça me dépasse. Bravo à elle pour son courage et pour avoir réussi à faire de sa vie l’opposé de ce qu’elle a vécu !

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