Lorsque j’ai eu Petit Colis, j’ai cherché le moyen d’obtenir une carte famille nombreuse.
Cela me paraissait tellement évident.

Nous avions trois enfants, trois week-ends sur quatre et la moitié des vacances scolaires.
Sur des temps de vacances et de loisirs.
Nous pouvions donc bénéficier de tarifs adaptés à notre famille pour nous faciliter ces dépenses qui deviennent conséquentes lorsque l’on a plusieurs enfants.

Pour ceux qui l’ignoreraient, la carte famille nombreuse  te permet d’obtenir des réductions lorsque tu prends le train, que tu vas au musée…
Parce que oui, lorsque tu as trois enfants ou plus encore, ça a un coût, plutôt très élevé.

Naïve belle-mère primipare que je suis, on m’a répondu:
« Il faut que les trois enfants soient à votre charge madame ! ».
J’ai persévéré:
« Leur mère n’a pas cette carte, elle est même prête à vous faire un courrier afin de vous informer qu’elle n’en fera jamais la demande. Cela pourrait donc fonctionner?
-Non madame, ils ne sont pas à votre charge. »

J’ai laissé tombé, en colère mais résignée.

À la naissance de Lavande, nous sommes passé à quatre enfants.
Je me suis dit que cette fois c’était suffisamment convaincant.
Mais en fait, non.

Cette histoire de « charge » qui revient tout le temps.
Nous n’avons que deux enfants à charge fiscalement.
Les autres comptent pour du beurre, ils n’existent pas, tu vois ?

Sauf que moi, j’ai l’impression que l’on s’en occupe de ces ces enfants-là.
J’ai l’impression qu’on ressemble à la famille sur le dessin, regarde-les bien !

Les périodes où ils sont chez nous sont des moments de loisirs, où l’on tente de les occuper et de leur créer de jolis souvenirs.
Ils prennent le train pour venir nous voir.
Et même si ce ne sont que des considérations bassement matérielles, tout cela coûte de l’argent, beaucoup.

Nous avons envie de les emmener au ciné, au musée, à la mer et en concert.
Parce qu’entendons-nous bien, notre investissement ne se limite pas à verser une pension alimentaire, il y a tellement plus derrière.

Alors pas à notre charge, je voudrais bien, cela me ferait plus de robes à la fin du mois,
mais désolée, je ne suis pas d’accord avec ça.

Je sais que c’est compliqué pour les administrations, je sais qu’ils ne sont pas (encore) préparés à toutes ces nouvelles configurations familiales.
Mais ne pourrait-on pas imaginer de considérer, comme dans d’autres entités administratives, le coût de l’hébergement et de ce que cela implique pour les parents ?
Papam n’a même pas la prise en compte de ses deux premiers enfants au travail.
Pour sûr, ils ne sont pas à sa charge, ils n’ont donc pas besoin d’exister !

Cela me met tellement en colère.
J’ai l’impression que nous sommes pénalisés.
Ma mère dirait: « pauvre petite fille riche! ».
C’est vrai, nous sommes plutôt des privilégiés et ce n’est pas une carte famille nombreuse qui va fondamentalement changer notre vie.
Elle pourrait juste alléger notre quotidien.

Finalement, je crois que cela va plus loin que quelques réductions.

Nous refuser cela c’est presqu’affirmer que nous n’existons pas.
C’est marquer notre différence avec les « autres » familles, les « vraies ».
C’est une absence totale de reconnaissance des parents qui n’ont pas « la charge » de leurs enfants.
C’est ignorer des tas de familles nombreuses recomposées qui auraient elles aussi bien besoin d’aller voir une expo ou un ciné histoire d’oublier que c’est souvent compliqué.

Pourquoi devrait-on en permanence se justifier d’exister ?
Pourquoi les enfants devraient-ils entrendre qu’ils sont « une charge » et surtout, qu’on leur laisse croire qu’elle n’est pas la nôtre.

Mon fils va avoir cinq ans et si peu de choses ont changées.
Pourtant, j’ai chaque jour l’impression que nous sommes plus nombreux.
Alors à quel moment nous prendra-t-on enfin au sérieux ?