À Une soirée, au bureau, sur un site de rencontre, au travail…
Il se rencontre partout parce qu’en fait, il ressemble à n’importe quel célibataire.
À n’importe quelle homme.

Rencontrer un homme qui a des enfants, on ne s’y prépare jamais vraiment.

Quand j’ai rencontré Papam, je n’attendais rien de particulier.
J’avais eu le coeur brisé une année auparavant et je n’étais pas sûre de pouvoir/vouloir un jour à nouveau aimer.
Je l’ai trouvé intéressant, on a échangé nos numéros.
Je ne suis pas quelqu’un qui s’emballe, en général.

On a commencé à s’échanger des messages, beaucoup de messages.
Puis, un soir, alors que l’on discutait, il m’a écrit:
« Je te laisse, j’ai le bain à donner. Bonne soirée« 

-LE BAIN – À DONNER-

Mon coeur a raté un battement.
J’ai envisagé d’un coup plusieurs possibilités, comme si mon esprit refusait d’accepter l’évidence.

« Il est passionné de photo, il parle du bain de développement, oui c’est ça.
Le bain, truc pour révéler les photos. Ca s’appelle bien un bain ce truc ?
-sms à une copine-
Ça s’appelle le bain hein ?? dis moi que oui !
-Ou il a un chien et il le lave. C’est chouette ça un chien, j’adore les chiens.-
-Une vieille mère ? Non, sa mère vit loin, il me l’a dit. Et puis, non, quand même.-
-Ou, il a un enfant. Un enfant… –

Tu vois l’ascenseur émotionnel, l’impression que tout s’écroule ?
Que ce mec plutôt drôle, cultivé et sensible.
Qui, miracle, semble s’intéresser à moi, ben en fait, il a un gros, mais alors un gros truc dans sa valise.
Truc que tu ne pourras pas oublier sur le bord de l’autoroute
(les chiens non plus hein je les laisse pas, les vieilles mères, c’est encore à discuter).

-Un enfant-
Je n’y avais jamais pensé.
Alors j’ai répondu:
« Tu donnes le bain à qui ? »
Franchement, à ce stade-là j’avais peur de la réponse mais j’espérais encore.
« À mes enfants. »
Double coup de massue, il n’avait pas un mais DES enfants.

Le truc qui te donne envie de t’échapper en courant.
Je crois d’ailleurs, que si j’ai continué à lui répondre c’est que j’étais trop sonnée pour prendre la fuite.
Et puis aussi parce que c’était des sms et que je tenais trop à mon numéro pour jeter ma carte sim.

Il a fait l’innocent, le mec qui fait semblant d’avoir omis ce petit détail anodin.
« Je ne te l’avais pas dit? »
Si sûrement mais j’ai sans doute oublié … Ben non, tu me l’avais pas dit !
« Tu n’aimes pas les enfants ? »
-Ben si c’est un peu mon boulot mais bon, ils ne sont pas à la maison.-

Non, non, non, je n’ai jamais envisagé cette option.
J’avais 23 ans, je vivais dans un studio de 20m2 et mes préoccupations tournaient autour de la soirée ou j’allais aller et la tenue que j’y porterai.
(bon ça va, j’étais pas si futile en vrai, c’était pour illustrer).

Alors, j’ai espéré très fort qu’ils aient des prénoms horribles.
Des prénoms qui me fassent dire:
« Lâche l’affaire, tu vois, c’est VRAIMENT pas quelqu’un pour toi !« .
Manque de bol, les prénoms bien qu’un poil trop banals pour moi étaient jolis.

J’ai encaissé le coup mais j’y ai été à reculons.
Mi-curieuse, mi-effarée.

J’ai cherché toutes les occasions, tous les signes qu’il fallait arrêter.
Ce n’est pas tellement juste c’est vrai, j’étais jeune et ça me faisait totalement paniquer.

Je crois d’ailleurs que si je l’avais su dès le départ, je n’aurais même pas cherché à le connaître davantage tant cela me paraissait être quelque chose de trop lourd à assumer.
Je serais passée à côté de lui et à côté d’eux aussi.

Les semaines, les mois qui ont suivis.
J’ai avancé un peu sans trop savoir où j’allais.
En me disant que finalement ce n’était pas grave puisque ça n’allait pas durer, je n’aurais donc jamais à les rencontrer.

On a tendance, lorsqu’il y a déjà des enfants à énormément appréhender, à se sentir obligé d’endosser des tas de responsabilités.

Je dis « on » parce que j’ai aujourd’hui des amies qui y sont confrontées et je vois à quel point leurs questionnements me sont familiers.
Je me suis posée des tas de questions que l’on en se poserait jamais dans une relation qui ne fait que débuter:
« Voudra-t-il encore des enfants ? Son ex est-elle une plaie ? Vont-ils m’accepter ? »
Je me suis retrouvée confrontée à des différences de valeurs, d’éducation, des soucis logistiques et pratiques qui me semblaient tellement manquer de légèreté.
De celle que tu recherches lorsqu’une histoire ne fait que commencer.

Quand les « on se fait un ciné demain soir ? » n’ont pas lieu d’être parce que c’est pas la bonne semaine/soir/jour au choix.
Et qu’il faut sans cesse s’adapter quitte à avoir l’impression de s’oublier.

Tout me semblait beaucoup plus rapide, intense, brutal aussi parfois.

Il y avait ma vie de célibataire, sans contrainte et la sienne de père.
Deux univers si distincts que je ne parvenais pas à les envisager se mêler.

Et puis, peu à peu, je crois que j’ai aimé cet homme-là.
En dépit du fait qu’il soit un papa. Parce qu’il n’était pas que ça.

J’ai aimé ce qu’il était, ce que nous étions et les choses que nous vivions.
Peu à peu, je me suis aperçue que ça comptait et que cela valait plus que ce qui m’effrayait.

Que, tant pis les temps de réflexion et les principes à la con, j’étais prête à sauter.

J’ai géré une chose après l’autre parfois difficilement, d’autres naturellement.
Je me suis souvent sentie chanceuse, parce que la difficulté de cette situation
nous rendait souvent plus forts et déterminés.

Bien sûr, si cela m’arrivait aujourd’hui ce serait sûrement très différent.
Pas seulement parce que je l’ai déjà vécu mais parce que j’ai déjà des enfants
et que je suis plus âgée aussi.
Je crois même que cela pourrait me rassurer de reconstruire ma vie avec quelqu’un qui sait ce que c’est que la paternité.

Mais à 23 ans, c’était juste effrayant et il m’a fallu du temps.

Du temps pour accepter qu’il avait deux enfants.
Du temps pour être capable d’en parler librement.
Du temps pour me sentir belle-maman.
Du temps pour en faire une force et trouver cela enrichissant.
Écrire et échanger ici m’y a grandement aidé.

Je reçois souvent des petits mots pour me demander comment j’ai fait et c’est ce qui m’a donné envie de vous raconter un peu comment cela s’était passé.

Le seul conseil que je peux donner c’est de se laisser du temps et d’accepter parfois de se laisser porter.

Au pire, on prend le risque de s’aimer ?

 

Et vous, si vous y avez été confronté, comment cela s’est passé ?