Trop gentille ?

Trop gentille ?

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Quand on me parle d’elle, c’est unanime:
« Qu’est-ce qu’elle est gentille ! »
Et c’est vrai.

Ma belle-fille est une adorable et gentille petite fille.

Trop gentille ?
On ne l’est jamais trop il paraît, mais dans son cas c’est avéré.

La gentillesse peut se révéler être un défaut lorsqu’elle handicape, lorsqu’elle empêche de s’exprimer.
Lorsque l’on tombe sur des gens malveillants qui pourraient en profiter.

Ma belle-fille est gentille.

Avec tout le monde.
Toujours prête à aider.
Toujours le sourire, toujours heureuse de tout ce qu’on fait.

Je peux tout lui demander, elle le fera avec le sourire.
Je pourrais l’exploiter sans problème, être dure si je le voulais.
Elle ne dirait sûrement rien.
« Tu peux aller me chercher ça la haut? Tu peux aider ton petit frère ? »
Je dois me freiner et faire attention à ne pas toujours lui demander à elle, c’est si simple pourtant.

Ses frères l’ont vite compris, bien sûr.
Je les observe jouer dans un coin pendant qu’elle s’agite
lorsque nous leur confions la tâche de débarasser.
Bien sûr, elle ne dira rien.

Lorsque l’on est dur avec elle, elle se cache pour pleurer.
Elle ne cherche pas à contester.
Prête à renoncer à son dessert préféré pour faire plaisir à son petit frère.
Elle encaisse les remarques sans jamais se révolter.

Elle s’efface et se sacrifie, beaucoup trop.
Elle affronte le monde de l’école et sa cruauté parfois avec difficulté.

Ecartelée entre toutes nos exigences, les désirs des uns et des autres,
elle ne trouve pas la place pour affirmer ses envies et ses besoins.

Il faut sans cesse être à l’écoute pour ne pas l’oublier.
Dans cette famille ou les caractères sont très affirmés c’est pour elle, je pense bien compliqué.

Sa gentillesse me désarme.
Je suis si différente: souvent dure, cynique qui dit les choses avec franchise, souvent trop vite, trop fort.
Elle, pas assez.
Si calme qui marche sur des oeufs, jamais un mot plus haut que l’autre.
Je la vois si rarement se fâcher moi qui tient difficilement une journée sans crier.

Alors on lui demande doucement:
« Dis-nous ce qui te plairait ? Qu’est-ce qui te fait pleurer ?
Tu voudrais quoi toi, vraiment, si on n’était pas là ? »

On lui ordonne:
« Va te reposer sur le canapé, c’est les garçons qui font, interdiction de les aider. »

On réprimande:
« Laissez votre soeur tranquille, sinon ça va chauffer ! »

On essaie de lui apprendre que les gens sont parfois un peu méchants et qu’on veut juste la protéger. Qu’on ne sera pas toujours là et qu’elle doit s’affirmer. Qu’elle doit apprendre à demander et à exister.
Et on la fait pleurer.
Alors on se demande s’il y a quelque chose qu’on a raté.

Elle répond qu’elle a besoin de ça pour se sentir exister et que ça lui plait.
Qu’elle est comme ça et qu’elle ne peut pas changer, qu’elle ne veut pas.

J’ai peur de ce qui pourrait lui arriver, des gens qu’elle pourrait rencontrer dans ce monde qui laisse si peu de place à des gens comme elle pour s’exprimer.

Et je fais des efforts pour lui rendre un tout petit peu de ce bonheur qu’elle sème à la maison.
De la bonne humeur dont elle nous enveloppe, des baisers qu’elle distribue à ses frères et des chaussons égarés qu’elle cherche inlassablement.

Parce qu’à force de vouloir la changer, nous oublions la chance de l’avoir à nos côtés.

« La gentillesse, c’est le courage qui sourit. »

Jules Renard. 

Crédit photo : Silmarenko/Papam

20 commentaires

  1. c’est mon clone cette petite 😀

    Le problème des gentils c’est qu’ils ne veulent absolument pas changer. après tout si on est gentil c’est parce qu’on aime ça et qu’on déteste ne pas l’être !!
    Elle va s’endurcir avec le temps, suivant ses rencontres plus ou mois malveillantes (comme tu le redoute) !!
    il faut des gens comme elle dans notre monde, ne la changez pas 🙂
    Mais vous pouvez la prévenir « des dangers » qu’amènent sa gentillesse !!
    Mais je te fais confiance, le simple fait d’en parler montre que tu cherches a faire au mieux 🙂
    Vous faites une sacrée famille 🙂

    • Ca ne m’étonne pas de toi !
      J’espère qu’elle arrivera à affronter tout cela.
      Merci pour tes gentils mots, on fait juste ce qu’on peut tu sais !

  2. elle est l’air tellement choupinette ta belle fille !!! ça fait mal au cœur de devoir lui dire que les autres profiteront de sa gentillesse, en même temps tu as malheureusement raison. j’espère quand même qu’elle conservera cette grande qualité, et qu’elle tombera sur des personnes qui percevront sa vraie valeur ! ( déjà il y a toi ! <3 ! )

  3. J’ai pleuré tiens. Parce que ça me fait penser à Elian. Parce qu’il est foncièrement gentil, que tout le monde passe avant, qu’il ménage sans cesse la chèvre et le chou. Quand je parle de ses jeunes années en me disant « Mais tu es grand au moins on a pas du t’emmerder à l’école. » son regard triste et son soupir en disent long. Oh que si il a souffert de sa gentillesse. Mais comme le dit Magali au dessus très justement, il ne changerait ça pour rien au monde. Parce qu’être gentil n’est finalement pas un défaut, mais qu’il faut être vigilant. Je sais que Milo en prend doucement le chemin. Le genre de bébé qui ne disait rien quand on lui prenait un jouet et qui se détournait vers autre chose en mode « Tant pis ». Il s’affirme doucement en ce moment et je vois ça d’un oeil serein, ça ne lui fait pas de mal (tout en restant vigilante pour ne pas obtenir l’effet inverse !). Mais ce n’est pas une situation simple je te l’accorde.

    • Tu en parles très très bien. En effet être vigilant, c’est ce que l’on essaie d’être et de lui apprendre… Pas facile facile pour nous qui ne sommes pas du tout comme cela !
      Il a de la chance, il a aujourd’hui une très gentille femme pour prendre soin de lui !

  4. Une très belle personne ta Dot’s!! Des coups durs, elle en aura, c’est sûr! comme tout le monde, au final. Je ne suis pas sûre que vouloir s’endurcir à tous prix soit une bonne idée. Je fais partie de ces gens gentils, qui évitent les conflits et essaient de satisfaire tout le monde. Qui pleurent quand le ton monte. Parfois, je regrette d’être comme ça. Mais je connais des personnes qui se contre foutent des autres, et je n’aimerais pas être comme elles.

    • Je trouve ça beau et courageux d’être comme ça. J’admire vraiment les gens gentils mais j’ai aussi peur parce que beaucoup sont si méchants.
      En effet, vouloir l’endurcir ne sert à rien, on va essayer de l’aider à affronter les épreuves…

  5. il faut qu’elle la garde sa gentillesse. C’est ce qui fera qu’elle sera appréciée. Toujours. Certes parfois abusée par certains et on en profitera, mais elle saura s’endurcir juste de ce petit qq chose, et elle saura vite désarmer ceux qui sont mal intensionnés. Bref, une bien jolei personne en devenir…

  6. Chupa est un peu pareille. Enfin pas totalement car elle sait aussi râler et se rebeller mais elle se dévoue souvent pour aider, pour ranger, pour aller chercher, parce qu’elle veut faire plaisir.
    Le problème quand on est trop gentil(le) et qu’on grandit, c’est qu’on a parfois l’impression d’être pris(e) pour une con(ne). Il y a certaine personne que cela ne dérange pas, mais moi par exemple, j’aime faire plaisir, mais au bout d’un moment quand il n’y a rien en retour, à peine un merci, ça m’agace fortement. Ma mère aussi est trop gentille. Elle ne sait pas dire non aux gens qui abusent de sa gentillesse.

    • En effet, je ne veux pas qu’elle ressente de la frustration et de la rancune. J’aimerais qu’elle conservera cette gentillesse presqu’intacte…
      Ta chupa a l’air d’une gentille petite fille également.

  7. Je crois que je suis une trop-gentille qui a grandi !
    Je me souviens de ma première colère qui a éclaté à l’école, à 10 ans : une fille me bousculait fort et avec insistance. Elle m’agaçait au plus haut point, je lui ai juste donné une tape dans le dos, fort, elle avait la marque de mes doigts… La maitresse m’a fait la morale,a crié sur moi, je me souviens encore de ses mots. Voilà, la seule fois où j’ai arrêté d’être gentille, personne n’a compris, je suis faite disputer…
    Bref, tout ça pour dire que oui, des coups durs, des injustices et des gens qui profitent. Mais quand on sait, on se construit, on apprend à biaiser quand il y a des méchants, on fait « gentiment » des méchancetés ! J’aime cette gentillesse qui étonne, surprend et questionne (quoi, tu as préparer les 12 jeux de la kermesse seule? tu vas t’occuper de la bibliothèque de l’école tous les jours? tu envoies des cadeaux gratuitement?). C’est clair, on n’est pas le reflet de la société. C’est sur, mon enfance a été pleine de larmes. Mais j’y suis arrivée, je suis heureuse !
    Bienveillance et soutien l’aideront surement !

  8. ton texte est très beau, ma fille aussi était comme ça puis le collège l’a complètement transformé, malheureusement…ça a été très dur pour elle, pour moi aussi car je l’ai vu changer, s’endurcir à force d’être sujet de moqueries et qu’on abuse de ça gentillesse. j’y pense et j’en ai mal au coeur …je croyais pourtant l’avoir prévenue mais enfin de compte peut-être pas assez …alors lui en faire prendre conscience je trouve ça très bien, il faut faire la part des choses entre la famille et le monde extérieur bises

  9. ah ta citation illustre très bien ton billet!
    Mon garçon est également dans ce groupe des « trop gentils ». Hier encore à l’école durant une sortie dans un château fort!
    Je lui ai demandé pourquoi lui ne s’était pas déguisé en chevalier. Réponse: parce que les autres enfants voulaient ce costume là!!!!!!!!! grrrrrrrrrrrrrrrr ça m’énerve!

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