Celui qui part…

Celui qui part…

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Vous le connaissez celui qui a laissé femme et enfants pour aller s’amuser et se rassurer sur sa virilité avec une femme de dix ou vingt ans sa cadette.
Celui qui a décidé de tout plaquer et de refaire sa vie.
Celui qui a trompé, menti et lâchement déserté le foyer conjugal pour une autre.
La crise de la quarantaine, le démon de midi et tout un tas de choses qu’on a tenté de nommer…

Que ce soit le voisin, l’oncle, le collègue, tout le monde connait cette histoire.
Elle nourrit de nombreuses discussions. Elle est racontée, étalée, analysée, depuis de longues années, toujours en termes peu élogieux et avec plus ou moins de mots vocabulaire péjoratif.
On en a entendu parler, elle a touché des gens qu’on aime ou on l’a vécue.
Elle est tellement banale que bien souvent, on ne conçoit pas vraiment que les choses puissent se dérouler autrement…

J’ai beaucoup souffert au début de notre relation avec Papam du regard des gens, des parents surtout. Ceux qui se sentent toujours obligés de prendre parti et de de donner leur avis même de façon implicite.

Je me souviens des regards lourds de sous-entendus et des remarques acerbes en allant chercher les enfants à l’école ou chez la nounou.
Cette impression d’être celle qui a brisé une famille et qui vient en plus, faire de la provocation.
Des « Ah, ça c’est sûr que vous ne pouvez pas comprendre!  » et des « Oui, enfin si vous étiez à sa place… ».

J’en ai souffert, un peu, beaucoup, je me suis sentie honteuse. Mais honteuse de quoi? Je n’ai jamais rien eu à me reprocher.

J’aurais aimé leur dire que j’avais rencontré un homme libre, séparé, que je n’étais pas si jeune, j’aurais voulu leur expliquer… Mais le faire c’était me justifier comme si j’étais coupable.

Pour comprendre tout cela, il aurait fallu prendre le temps de se dire que celui qui s’en va n’est pas toujours celui qu’on croit.
 Il aurait fallu aller au delà des apparences.
Leur montrer que sur les fiches scolaires, la maman elle même donnait mon numéro en cas d’urgence, exemple parmi tant d’autres.

 Il aurait fallu ne pas porter de jugement et faire preuve de bienveillance.

C’est derrière moi aujourd’hui et c’est surtout, moins douloureux, mais je veux le garder en tête pour ne jamais être « ces gens là ».

(Crédit photo: Papam)

6 commentaires

  1. C'est un très dur moment à passer, et c'est un role très ingrat à porter, j'y suis passée et même si ça n'est plus le cas aujourd'hui, je garde un mauvais souvenir de cette période et surtout surtout je ne porte plus le moindre jugement dans une séparation

  2. les gens parlent beaucoup sans savoir…moi aussi j'en ai essuyé des vestes en étant maman solo…aujourd'hui je suis heureuse et eux pas forcément 🙂 car y'a toujours un retour de bâton, courage et plein de bisous

    • C'est loin derrière moi. Le temps passe et les gens voient que ça se passe bien avec la maman. J'avais juste envie de l'écrire pour ne pas l'oublier.J'imagine que dans d'autres situations ce n'est pas simple non plus…

  3. Je découvre votre Blog sur le conseil d’une amie qui partage notre situation de « belle-mère ». Je suis très touchée de pouvoir enfin lire un blog positif sur le sujet. Sans animosité. Sans jugement. Ce blog n’existait pas il y a trois ans quand je me suis posé toutes les questions que vous soulevez, mais une chose est certaine, c’est leur intemporalité. Et pour ceci, merci.

    Je réagis à ce billet en particulier car c’est là un sujet qui m’a fait beaucoup de mal et j’ai bien cru qu’il aurait raison de mon Destin.

    Car oui, parfois c’est aussi le Papa qui s’en va et que parfois AUSSI il s’en va car il a rencontré quelqu’un d’autre.
    Ce quelqu’un d’autre, c’etait moi. Je le connais, le rôle de la méchante, le rôle de la briseuse de couples et de massacreuse de famille. Et pourtant.
    Si les gens savaient le nombre incroyable de questions que je me suis posé et la culpabilité immense que je me suis infligée. Nul besoin du jugement des autres pour les reproches, je suis autonome et très productive en la matière.J’ai vraiment mal vécu le fait que notre histoire soit jugée comme « inappropriée » alors que je ne ressentait que de l’amour pour un homme qui me le rendait en retour.

    Notre Amour n’est il pas un point de départ plutot qu’un point d’arrêt?

    Pourquoi le Reste du Monde préfère t’il voir le verre à moitié vide? Pourquoi le Reste du Monde ne peut concevoir le fait que parfois, les couples se font et se défont et que peu importent les raisons, l’important c’est qu’il y a TOUJOURS une raison. Et que personne n’a à en juger la réalité ni la légitimité. Car, n’en déplaise aux fervents défenseurs de la tradition famililale, parfois les liens affectifs sont moins forts que les liens administratifs et que parfois, c’est la meilleure solution pour se laisser une chance de s’épanouir un jour. Et s’épanouir , c’est aussi vivre pour soi et pas seulement à travers ses enfants ou par procuration.

    Aujourd’hui, et avec mes trois ans d’expérience et le fruit des interminables discussions que j’ai pu avoir avec mes « belle-amies » , j’en retient surtout que la belle-parentalité est toujours basée sur une histoire d’amour, et que cet amour n’en a que plus d’éclat car il inclut la descendance pré-existante… Aimer un homme c’est facile, aimer un homme avec des enfants, ça n’a rien d’évident, ce blog le démontre, et faire ce choix de famille recomposée malgré tout, c’est aussi une belle preuve d’amour, ce blog le démontre encore plus.

    Si je ne souhaite à personne de vivre une séparation, je me sens néanmoins plus forte de vivre une recomposition, d’être belle-mère sans être mère, de vivre aux côtés de l’homme que j’aime, et de partager le demi-quotidien de ses enfants car il est certain que sans eux, je ne serai pas telle que je suis, ils ont fait de moi une belle-mère et c’est une belle expérience.

    • Merci d’avoir prit le temps de me lire et de laisser ces jolis mots.
      J’ai ouvert ce blog pour cela. Partager, échanger et montrer que malgré la difficulté, il est possible d’être heureux. Et lire ce genre de message me fait tellement plaisir. J’imagine comme cela a du être compliqué d’assumer cette position là. Le regard des autres et la culpabilité. Mais tu l’expliques très bien ! Je ne suis pas seule à tenter de voir les choses du bon côté, merci infiniment ! Tu en parles avec beaucoup de douceur et de lucidité ! Si tu avais envie de venir nous raconter ta famille en répondant à mes petites questions pour la rubrique « paroles de beaux-parents », n’hésite pas ! A bientôt !

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