La porte close.

La porte close.

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Quand j’étais enfant, ma mère parfois, s’absentait quelques semaines ou quelques mois. Elle n’était pas partie non, elle tentait de dompter sa peine et pour cela elle se terrait tel un animal blessé.
Aussi, pendant ces moments-là, c’était mon père, peu habitué à cela, qui devait s’occuper de moi, de nous.
 Moi, je ne comprenais pas, je ne comprenais vraiment pas qui la retenait, qui la forçait à rester de longs jours au fond de son lit. Je voulais qu’elle revienne, je voulais me lover au creux de ses bras pour lui raconter ma journée.
Ma mère était dans sa chambre.
Alors je passais et repassais devant sa porte close, et parfois, quand quelqu’un avait oublié de la fermer, je pouvais l’observer. Je restais debout, devant la porte entrebâillée et je scrutais à travers la pénombre, au fond de son lit, ma mère.
La chambre semblait si grande. Le lit me paraissait immense pour elle si petite, cachée sous les montagnes de couvertures. Ma mère était devenue inaccessible.  Aussitôt, on refermait la porte.
« -qu’est-ce qu’elle a maman ?
-maman est très fatiguée, elle doit se reposer ».
Quand venait le soir, j’avais le droit de pénétrer dans la chambre, pour lui faire un baiser. Je me souviens de ses joues humides, souvent baignées de larmes, de sa voix murmurant « bonne nuit » et de la lassitude que je lisais dans ses yeux. Je me souviens de l’incompréhension qui alors me gagnait.
« -pourquoi elle pleure maman ?
-maman est triste, elle doit se reposer. »
J’attendais, des jours, des semaines, des mois. Je me faisais petite, silencieuse, gentille et sage pour l’aider  à guérir. Pour ne pas gêner papa qui lui ne savait pas trop comment s’y prendre avec tout ça Je me souviens la peur de ne jamais revoir ma mère, je me souviens les questions qui nous hantent et qu’on n’ose pas poser.
Et puis un jour, elle sortait de la chambre, un peu amaigrie mais le sourire était là. Elle était revenue, la vie pouvait reprendre son cours.
On oubliait tout ça. Jusqu’à la prochaine fois…
Depuis, j’ai grandi, j’ai compris que la tristesse de ma mère est une maladie contre laquelle je ne peux rien. Que ce n’est pas moi, pas nous qui la rendons triste, mais la vie souvent trop lourde à porter pour elle. Et qu’il y aurait toujours des moments ou la porte sera close.

(Crédit photo: Papam @silmarenko)

12 commentaires

  1. Mon dieu, oui, le peine doit etre lourde à porter pour les gens qui ont autour aussi. Je n&#39;ose imaginer quand on est enfant, comme tu l&#39;étais. Tellement dur d&#39;expliquer les choses quand on a du mal à mettre des mots sur ces &quot;maux&quot; dans notre société. <br />Joliement écrit, comme toujours…

    • C&#39;est vrai que c&#39;est quelque chose de &quot;tabou&quot; , &quot;honteux&quot; et caché par notre société. Tout comme un tas d&#39;autres choses d&#39;ailleurs. Enfant, on n&#39;a pas vraiment conscience, en grandissant, on s’aperçoit que chez les autres c&#39;est différent… Merci beaucoup pour tes gentils mots.

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